Anne Marie Zylberman

" Peinteresse atemporelle "

Invitation à la poésie

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L’ATTENTE

82 - L'attente

Plus j’y pense, plus je suis perdue,
Plus je me demande, moins j’y crois,
plus je me raconte des histoires,
plus je me mens,
plus je devine pourquoi tu t’es tu.

Rien de moins humain que de ne rien savoir,
rien de plus cruel que d’inventer des espoirs
puis de les étrangler de ses mains.

Je me ronge les ongles,
je me ronge les sangs,
je suis lasse, impuissante,
les yeux vidés de leurs larmes,
creusés dans un vague infini.
Je ne suis plus rien
et tu n’as aucune pitié:
une à une mes illusions se sont brisées,
un à un mes rêves envolés.
Je n’ai plus envie de chanter,
plus envie de crier,
plus même envie de dire un mot,
plus envie de t’attendre,
en vain, inutilement,
et pourtant…

LA LICORNE

 Du plus profond de ma forêt,

du plus profond de mes entrailles,
la licorne est venue me souffler un secret.
Elle était venue sous la lune.
Des étincelles jaillissaient de ses sabots nacrés.
Sa robe était virginale, terriblement pure.
Ses flancs exhalaient une lumière cendrée.
Elle portait haut sa corne torsadée.
Timidement, elle me confia :
« Je souffre. Je souffre de n’être plus
qu’un rêve de petite fille,
un jouet puéril et dérisoire.
Jadis j’étais crainte et respectée,
recherchée pour mes pouvoirs magiques.
Gare à celui qui tentait de me chevaucher!
J’étais farouche, fière, indomptable…
Vous tuez même les légendes…
Peut-être suis-je la dernière:
vous qui tuez jusqu’à vos rêves,
que vous restera-t-il à détruire après? »
Elle me laissa caresser son encolure.
Les étoiles brillèrent un peu plus.
Nous nous sommes tus.
Des larmes remplirent nos yeux.
Lorsque j’essuyais les miennes,
elle avait disparu.
Seules les étincelles de ses sabots
s’évanouirent encore dans la nuit.

***

ANOUCHKA

  52-anouchka

Ma douce, ma lumineuse, ma parfumée
Anouchka, aux yeux de vipère,
Toi qui lis dans tes steppes intérieures
et la blondeur des blés mûrs.

Ma tendre, ma lumineuse fée aux accents d’est,
Anouchka, prends-moi dans tes bras
et veille-donc sur moi,
Toi qui sis ces chants si nostalgiques
qui te berçaient aussi là-bas.

Anouchka chérie, penche-toi sur moi,
reviens près de moi. Ne sois- pas raide,
ramène ton esprit ici-bas: tu es ma chance,
souris, toi si jolie, tu mérites d’être heureuse:
partage avec moi cette joie que tu ne connais pas.

LE CHANT DES OISEAUX

Elle ne disait jamais rien,
et ne parlait qu’avec le langage
des fleurs et celui des oiseaux:
c’est moins trompeur.

Elle envoyait des bouquets,
des gerbes de couleurs qui s’envolaient
vers des êtres de coeur,
messagers d’amour et d’amitié.

Ces paroles-là s’envolent
et restent gravées à jamais.
Ils piaillent et ouvrent leurs ailes,
elles déploient leurs corolles:
aucun mot ne s’ouvrira jamais autant,
jamais discours ne sera si concis,
si vivant, si touchant.

Sur son épaule était tatouée un oeil de paon,
son troisième oeil, jamais fermé,
celui qui veille tendrement
au silence bienveillant.
Au besoin, elle n’ouvrait la bouche
que pour partager un baiser,
délice suprême, intraduisible,
langage des poètes et des dieux.

SERENITE

A l’ombre de tes rêves,
en toute intériorité,
tu mets des couleurs dans nos coeurs,
des licornes et des arbres de vie,
des renards et des colombes en fleurs

A l’ombre de tes songes,
tu effaces le gris de cette pauvre vie,
tu apaises la douleur,
respirant les parfums de l’arc-en-ciel,
passant de nuage en nuage tel un ange

LARMES D’OR

Dors, mon âme, dors
Pleure doucement sur ton sort,
Ton triste sort mélancolique
d’un ange déchu,
au front étrange, fiévreux,
malheureux.

Pleure, mon ange, pleure
Laisse couler tes larmes d’or
comme le pluie d’automne
qui berce amères les langueurs monotones.
Tes ailes sont coupées , ta plume inutile:
pleure donc, tu es si seule.
Le silence t’accompagne ,
cueilli, recueilli: accepte les défaites,
elles aussi donnent du prix à la vie.

Printemps

 

Tout timidement,
tu mets le nez à la fenêtre
et tout le monde t’attend.

L’hirondelle, à tire d’ailes
prévient la pie et le coquelicot.
Chacun se réveille
avec les premiers rayons du soleil.

Ca bruisse, ça papillonne,
les couleurs explosent en artifice,
ça piaille, ça brâme en coulisse.
La lumière est plus légère,
elle valse au chant de la source fière.

Tu es là, discrète et cela suffit:
chacun le sait et enfin sourit
après le long hiver de l’ennui.

Le Livre des Songes

Page après page s’effeuillent mes rêves creux,
mes rêves vains et mes pauvres rêves devenus réalité.

Page après page, restent des images graves
montées du fond de mes entrailles:
elles se sont rassemblées comme des étourneaux
sur le Mont des songes, mystérieux et beaux.

Ils parlent un autre langage, sans malentendu,
un langage qui vient du coeur,
menteur peut-être mais élégant,
violent à l’occasion , obsédant,
finalement aussi rassurant
qu’un conte pour enfants

Les songes sont magiques:
ils communiquent avec l’univers,
ils éclairent d’une autre lumière,
ils parlent en silence:
il suffit de les écouter.


 
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Auteur : AMZ/HMK

Artiste Peintre, ses créations sont un hymne à la féminité; figuratives, oniriques, allégoriques. La poésie au fil du pinceau fait d'Anne-Marie Zylberman une "peinteresse atemporelle" à découvrir.

Une réflexion sur “Invitation à la poésie

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